Chien destructeur

Écrit par les experts Ooreka

Contrairement à ce qui est souvent avancé, un chien destructeur ne présente pas de facto un trouble du comportement. Bien au contraire, c'est le signe d'un chien qui fonctionne bien, et ce type de conduite est loin d'être rare même chez les animaux sauvages. En réalité, la destruction constitue une soupape de sécurité très importante.

Attitude destructive chez les animaux sauvages

Il est courant de voir des loups, des renards, des lions, des gnous, des buffles, des gorilles, des chimpanzés, etc. adultes agresser, piétiner ou encorner furieusement et sans raison apparente un objet (arbre, branche, buisson, etc.) :

  • Avant l'âge adulte, ce sont plutôt des comportements ludiques qui servent à s'entraîner (simulation).
  • Mais après, ce comportement sert majoritairement à décharger les tensions d'un individu.

Les bonobos, eux, ont développé un autre type de soupape de sécurité : l'activité sexuelle frénétique, sans qu'il y ait forcément pénétration, qui procède du même objectif (calmer et décharger les tensions).

Chien destructeur : trouble ou pas trouble ?

On qualifie souvent cette attitude de trouble quand ce comportement est produit par le chien en notre absence (angoisse de séparation, solitude) ou sur des objets nous appartenant (idée fausse d'une vengeance, tentative de domination, via le symbolisme de l'objet) :

  • Or, un objet, nous appartenant ou non, restera toujours un objet pour un chien. Il n'a aucune signification particulière pour lui (objet signifiant). Il peut porter notre odeur ou simplement être au mauvais endroit au mauvais moment. Si personne n'a encore pu déterminer si le choix des objets détruits procédait d'une véritable intention, on peut penser, d'un point de vue comportemental, que le fait de nous appartenir (odeur) pourrait tout au contraire renforcer l'apaisement de ses tensions.
  • Dans le même ordre d'idée, il arrive qu'un chien aille chercher une chaussure ou un vêtement nous appartenant et l'emmène sur son tapis et se couche dessus ou le mordille tranquillement :
    • C'est une manière pour lui de se rassurer, d'être en sécurité et non de se venger de quoi que ce soit.
    • Cela peut d'ailleurs être un moyen, en laissant l'un de nos vêtements dans son panier ou sur son tapis, de le rassurer en notre absence (à condition de le porter ou le changer régulièrement...).
    • C'est la même chose lorsque le chien va se coucher sur notre lit ou sur le canapé, à notre place, en notre absence : d'abord, c'est plus confortable que le carrelage, ensuite il y a notre odeur particulièrement forte à ces endroits précis (sécurité).

Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est qu'un chien a des comportements destructeurs pratiquement chaque jour, même plusieurs fois par jour, que l'on prend souvent pour du jeu alors qu'ils ont exactement le même but que ceux produits en notre absence. Cela se nomme non pas des comportements destructeurs mais de l'agression redirigée, indispensable à l'équilibre du chien (psychisme principalement).

L'agression redirigée

Lorsque l'objet du « ressentiment » d'un chien lui est inaccessible, physiquement ou psychiquement, que les tensions internes sont trop fortes (inquiétude, stress, excitation, etc.) un chien va tendre à se jeter furieusement sur un objet (tapis, jouet, branche, chaussure, torchon, etc.), le secouer violemment, le mettre en charpie et l'agresser sans vergogne. Ne pouvant faire cesser une menace supposée ou réelle, inaccessible ou une douleur (comme l'orage), une tension, le chien va décharger son énergie sur tout ce qu'il a à portée de dents :

  • Il ne faut toutefois pas confondre ce type d'agression avec un comportement ludique (entraînement à la prédation).
  • Il s'agit aussi d'un comportement social très important (évitement des conflits, inhibition à la morsure). En préférant un objet à agresser plutôt que nous, le chien joue parfaitement son rôle social. Et il ne faut pas voir dans cet objet nous appartenant un quelconque symbolisme qui est une notion inaccessible au chien.
  • Si le chien voulait vraiment se venger de nous, vouloir nous dominer à tout prix, il n'hésiterait pas une seule seconde à nous agresser violemment, quitte à y perdre la vie.

Chien destructeur : les causes

Les causes peuvent être multiples, sans généralisation véritablement possible. Elles dépendent :

  • de l'individu lui-même (pas de races en particulier) ;
  • de l'environnement dans lequel il vit (actif, calme, inquiétant, sécuritaire, etc.) ;
  • de notre relation à lui (autoritaire, brutale, soupe au lait, bienveillante, confiante, méfiante, etc.).
Chien destructeur Lamazone / CC BY NC ND 2.0 / Flickr

En notre présence

Certaines situations ou nos attitudes peuvent constituer des causes de destruction :

  • Le simple fait de croire qu'il va partir en promenade, mais que rien ne se passe, peut suffire à déclencher une agression redirigée (tension). La fiabilité des signaux que nous lui envoyons est essentielle pour éviter leur montée (incompréhension, ambiguïté).
  • Une montée du taux d'adrénaline (neurohormone de l'activité physique) peut être déclenchée dans les cas suivants :
    • jeu pratiqué un peu virilement, longtemps et souvent ;
    • si le système familial est très agité (exubérance, par exemple) ;
    • si des enfants actifs et remuants sont présents (dans ce cas, l'agression redirigée sera largement préférable à l'agression des enfants pour les calmer).
  • Une odeur (chienne en chaleur aux alentours), un bruit ou une présence inquiétante non localisable, à proximité, le hurlement ou les aboiements d'un chien lointain peuvent aussi provoquer une tension à décharger.
  • La contrainte, la coercition, la punition, le manque de relations sociales en sont d'autres facteurs.
  • Le HS/HA (hypersensibilité/hyperactivité) est également propice au déclenchement d'agressions redirigées fréquentes, en notre présence comme en notre absence.

Ce que nous pouvons faire, afin d'obtenir le meilleur de ce comportement, est de laisser à proximité du chien des objets spécifiquement dédiés à cette activité et lui interdire ceux que nous ne voulons pas qu'il détruise (chaussures, livre, etc.). Nous pouvons aussi exploiter cette attitude pour faire cesser des comportements gênants comme l'aboiement, la menace, en lui montrant  qu'il obtient le même bénéfice (éloignement de la menace).

En notre absence

Lors d'une absence, de vacances, des comportements destructeurs peuvent apparaître de différentes façons :

  • quelquefois ;
  • sans répétition (jour ou situation identifiable) ;
  • à intervalle régulier (tous les mercredis, par exemple) ;
  • de manière chronique (à chacune de nos absences) ;
  • ou de manière spécifique (les jours du passage du camion poubelle, par exemple).

Avec l'aide de la technologie moderne, des comportementalistes ont eu l'idée de placer une webcam et un micro lors de l'absence des maîtres afin de déterminer ce qui pouvait bien causer ces comportements destructeurs. Un excellent moyen (cela peut se louer) simple et efficace d'identifier le véritable problème sans avoir besoin d'une consultation ou d'émettre des supputations (trouble du comportement). Voici le résultat de leurs analyses :

  • À chaque fois qu'apparaissait une attitude destructrice, il existait un déclencheur, une source identifiable d'inquiétude ou de tension que le chien tentait d'expulser.
  • Les comportementalistes ont recensé quelques-uns des déclencheurs :
    • des tambourinements ou sonneries répétées d'enfants à la porte (quelquefois à une heure ou un jour particulier) ;
    • le déclenchement automatique d'une machine à laver dans une buanderie fermée (faisant caisse de résonance) ;
    • un orage ou du mauvais temps (dépression atmosphérique déclenchant une douleur dans l'oreille interne du chien) ;
    • un chat se pavanant sous son nez (derrière la vitre) en toute impunité ;
    • le départ des propriétaires juste après une activité physique intense (jeu) ou la manifestation de leurs regrets de devoir le laisser seul ;
    • le retour craint des maîtres (punition, réprimandes) ;
    • des horaires de retour non respectés (ritualisation temporelle) ;
    • le passage très bruyant du camion poubelle, de classes d'écoles, etc.

Bon à savoir : n'oublions pas que le chien est un animal social et que rester trop longtemps sans interaction n'est pas dans sa nature et même contre nature.

Influence du temps chez le chien

Notion de temps et de durée chez le chien

Les animaux n'ont pas de notion de temporalité (horaire, durée). Par contre, ils sont influencés par les cycles lunaires (champ électromagnétique et saisons, cycles circadiens) et la position du Soleil :

  • soit par rapport à des besoins naturels (exemple des vaches laitières avec l'heure d'été et d'hiver) ;
  • soit par rapport à la reproduction d'un phénomène à un moment précis de la journée ou de la nuit (mémoire associative).

Attitudes du chien et temporalité

Le temps influence grandement l'attitude du chien et peut entraîner des situations de destruction, comme dans les cas suivants :

  • Si un phénomène déclencheur se produit à intervalle régulier et relativement ponctuel (heure ou jour), le chien va être capable de le situer dans le temps :
    • Il peut alors fort bien l'anticiper et commencer à s'agiter un peu avant, voire, s'il ne se produit pas, à produire quand même le comportement destructeur.
    • Le chien peut ainsi s'instrumentaliser en produisant ce comportement même sans déclencheur.
    • Il est donc très important de localiser très vite le ou les déclencheurs, via webcam et micro, afin d'éviter cette instrumentalisation très difficile à modifier.
  • Si un phénomène se produit épisodiquement, voire des phénomènes différents sans répétitivité temporelle fixe, mais trop souvent, le chien peut développer une inquiétude permanente que quelque chose va se passer :
    • Il sera alors tendu constamment et devra évacuer cette tension à un moment ou un autre de notre absence.
    • Si, de plus, le ou les phénomènes ne se produisent qu'en notre absence, le chien peut l'associer à un sentiment d'insécurité lié justement à cette absence (abusivement nommée angoisse de séparation).
  • Si un phénomène se produisant à un moment précis de la journée, comme le retour du propriétaire à heure fixe, ne se produit pas un jour ou plusieurs jours de suite, le chien peut en tirer de l'inquiétude et tenter de l'évacuer (tension liée) par l'agression redirigée :
    • Ce ne sera toutefois pas une sensation d'abandon qu'il ressentira, seulement que quelque chose d'important et fiable qui devait se passer ne s'est pas passé.
    • Il sera toujours intéressant de déritualiser cette association temporelle en variant les heures d'arrivée (et même de départ) à chaque fois que ce sera possible :
      • Ce n'est pas une bonne idée de trop fiabiliser temporellement des situations importantes (promenade, repas, retour, etc.).
      • Il vaut beaucoup mieux fiabiliser les situations en les signifiant au chien au moment où elles vont se produire (dissipation des ambiguïtés). Le chien sera dès lors :
        • beaucoup plus sensible à nos signaux (confiance, sécurité) plutôt qu'à ceux qu'il se crée ;
        • beaucoup moins inquiet puisqu'il saura qu'il peut se fier à nous.
  • Enfin, si le chien acquiert la certitude que le retour des propriétaires sera synonyme de punition, toute absence risque de se transformer en inquiétude du retour. Quoi qu'il se soit passé en votre absence, quelques dégâts ou un simple pipi, soyez toujours heureux de le retrouver et lui de vous retrouver.

Cas de l'activité à heure fixe

La tension issue d'un évènement ritualisé qui n'arrive pas se retrouve beaucoup dans le ou les repas donnés à heure fixe ou la promenade :

  • Comme le chien va identifier le moment précis de la journée où cette activité se passe, si vous êtes absent à ce moment-là ou ne le faites pas un jour, le chien risque de s'agiter, d'être tendu.
  • Si vous n'êtes pas là, la tension liée peut avoir besoin d'être évacuée (agression redirigée).
  • Si vous être présent, le chien risque d'être insupportable, de vous solliciter bruyamment, de mordre vos chaussures ou d'autres objets, ce qui est souvent qualifié de tentative de domination (le chien exigerait que vous lui donniez son repas) alors que c'est tout simplement nous qui l'avons habitué à une chose précise (et importante pour lui) à un moment précis.
  • Comme cela ne se produit pas, le chien en tire de l'inquiétude (sollicitation, tension à libérer).

Quelle que soit la situation, ne laissez jamais les choses traîner et essayez de comprendre le plus vite possible ce qui s'est passé (grâce à une webcam et un micro). Vous pouvez alors vous faire aider d'un professionnel (comportementaliste) pour analyser les images et les sons et mettre en place une solution adaptée. Sans ces images et sons, il n'y a aucune chance de pouvoir localiser l'origine du problème et il y a un risque de qualifier ce phénomène en trouble du comportement (entraînant la prescription inadaptée de calmants, psychotropes et séances de rééducation).

Chien destructeur : que faire et ne pas faire ?

Il existe quelques astuces à connaître afin de contourner toute tension liée à un chien destructeur lors de vos absences. Mais si le comportement de votre chien a tendance à s'installer, se généraliser, se reproduire à intervalle régulier ou non, prenez immédiatement la chose au sérieux et tachez de tirer le plus vite possible l'affaire au clair (webcam et micro). Ne laissez pas votre chien s'instrumentaliser, ce serait très difficile et compliqué à « traiter ».

À titre préventif

Il est essentiel de se dire qu'un comportement destructeur est naturel et important :

  • Il a toutes les chances de se produire en notre absence, sous des formes, fréquences et intensités très variables.
  • Il y aura toujours une excellente raison à cela.

Il faut donc profiter de ces comportements en notre présence pour les diriger vers des objets spécifiques (corde, balle, jouets) :

  • tout d'abord, lui interdire certains objets d'un simple « stop ! » ferme ;
  • puis lui présenter un autre objet (autorisé) avec des félicitations (renforcement).

Il n'est pas nécessaire de l'habituer d'une manière particulière à votre absence, ni en fréquence ni en durée. Simplement, il sera toujours préférable que le chien reste seul de temps à autre, ne serait-ce que le temps de faire une course.

Départ et retour

Pour gérer au mieux avec votre chien les départs et retours, voici quelques conseils :

  • Les départs et retours doivent être naturels, normaux et ne pas nécessiter d'attitude particulière (regrets, exubérance, jeu, etc.).
  • Il sera également important que le chien sache de notre part s'il s'agit de la promenade ou simplement de notre départ (dissipation des ambiguïtés).
  • Par ailleurs, essayez d'éviter une trop grande ritualisation temporelle (variez les horaires de retour, surtout).
  • Enfin, quoi qu'il se soit passé, vous devez toujours être contents de vous retrouver.

Le confinement

Confiner un chien dans un endroit exigu (buanderie, garage, pièce du sous-sol) spécifiquement lors de votre absence risque plus de renforcer son inquiétude. Cela dépendra de l'aménagement de ce lieu :

  • agréable à vivre, proche de son univers ordinaire avec vous, sécuritaire et équipé notamment de son panier, cela peut être envisagé ;
  • austère, impersonnel, désert, c'est alors à éviter.

Si vous choisissez de lui dédier un lieu, prenez la peine d'y passer un peu de temps avec lui, régulièrement (jeu, câlins, etc.). Laissez aussi des objets spécifiques à agresser, quelques chiffons ou vieux vêtements et mêmes des vêtements avec votre odeur (pendus hors d'atteinte sur un cintre, par exemple). En revanche, évitez les vieilles chaussures car le chien pourra parfaitement prendre toutes les autres chaussures comme des objets à agresser, sans pouvoir faire la différence entre celles autorisées et celles interdites.

Musique, télévision, radio

L'ouïe d'un chien est tellement développée qu'aucune musique, même à tue-tête, ne pourra jamais couvrir un son, une odeur ou une approche inquiétante. Comme il y a toujours un déclencheur à une conduite destructrice, la musique, la télévision ou la radio ne pouvant pas l'empêcher, ce fera juste l'effet d'un pansement sur une jambe de bois. En outre, le chien a besoin de repos ; or, ces artifices risquent de le perturber à ce niveau (sommeil profond).

Intégration d'un autre chien

L'intégration d'un autre chien peut être une bonne solution si et seulement si :

  • Vos absences sont très longues (entraînant une lourde solitude et donc un fort besoin de rapports sociaux).
  • Les chiens disposent d'un espace assez grand aménagé « confortablement ». Dans le cas contraire, l'inquiétude d'un seul se communiquera automatiquement à l'autre et la destruction potentielle sera alors démultipliée.

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