Apprentissage de la solitude au chiot

Écrit par les experts Ooreka

Peut-on apprendre la solitude à un chiot ou a un chien ? Angoisse de séparation, névrose d'abandon, trouble du détachement, état dépressif, dépression sont des qualificatifs communément avancés pour en « expliquer » les comportements liés. Faut-il soigner ou rééduquer le chien ?

Apprentissage de la solitude : le chien, animal social

Plutôt que d'essayer d'habituer un chien à la solitude (ce pour quoi il n'est pas programmé), il est vraiment important de se demander s'il va bien pouvoir disposer de notre part des relations sociales qui lui sont indispensables.

Le chien n'est pas fait pour vivre seul

Un animal social, tel que le chien, possède des comportements programmés (phylogénétiques) spécifiquement à cet effet (communication, rituels, relationnel, etc.). Ces attitudes peuvent plus ou moins se développer, d'une manière ou d'une autre et ne le pourront que sous l'effet de l'ontogenèse (apprentissages, expériences, vécu). Chez ces animaux sociaux :

  • La communication est permanente (odeurs, proximité physique, activité, expression sonore, interactions, etc.).
  • La communication, sous toutes ses formes, est d'ailleurs indispensable. Elle participe à :
    • l'éducation au sein de l'espèce (évitement des conflits, inhibition à la morsure) ;
    • l'adaptation du groupe aux modifications environnementales.
  • On peut très bien assister à l'émergence de comportements bien moins compréhensibles, phylogénétiques (propres à l'espèce), pourtant naturels. Trop peu souvent analysés en tant que tels, ils servent à libérer naturellement les tensions chez un individu comme au sein d'un groupe. Ce ne sera dès lors pas la solitude en soi qui sera source de ces comportements, mais les conséquences de la solitude (inquiétude, insécurité).

On peut néanmoins dire que le chien, en tant qu'animal social, n'est pas fait pour vivre seul de longues journées. Une présence humaine, un autre chien, d'autres espèces animales sont le meilleur moyen d'éviter tout problème lié à la solitude.

Un certain apprentissage de la solitude

Un certain apprentissage de la solitude est nécessaire aux 2 stades de l'évolution du chien (chiot et jeune chien adulte) :

  • Chez le chiot :
    • Jusqu'à l'âge adulte, le chiot est en apprentissage, c'est-à-dire qu'il a besoin de guides, de tuteurs.
    • Cet apprentissage se matérialise principalement par :
      • les comportements exploratoires qui lui permettent de localiser certains dangers ou bénéfices (expériences propres) ;
      • le jeu pour tester des comportements afin d'en fixer les « meilleurs » ou les limites de certains (inhibition à la morsure).
    • C'est la même chose avec l'homme dont il attend l'intégration dans son environnement (communication, relationnel, confiance, sécurité).
    • Par conséquent, lorsqu'un chiot se retrouve seul, il n'a plus de présence (sécurité, protection), de tuteur (apprentissage), de relationnel (communication sociale). Son environnement devient alors inquiétant, hostile, voire incompréhensible.
  • Chez le chien adulte :
    • Un chien apprend toute sa vie, mais bien des situations peuvent encore lui sembler incompréhensibles, que ce soit en notre présence d'ailleurs, mais aussi et surtout en notre absence.
    • Dans le cas d'un déménagement, par exemple, les odeurs, bruits et présences nouvelles vont être de nature à dérouter un chien, l'inquiéter et devraient nécessiter un apprentissage de quelques jours avec notre présence.

Bon à savoir : contrairement à l'humain, le chien dispose de facultés « innées » afin d'appréhender des situations difficiles ; ces soupapes de sécurité naturelles tendant à réguler le stress, la solitude, les tensions physiques ou psychiques, les relations entre individus ou l'environnement.

Apprentissage de la solitude au chiot Mark Herreid/123RF

Solitude du chiot : comportements gênants

Du fait de ces soupapes de sécurité naturelles propres au chien qui se retrouve seul, on peut constater des comportements particulièrement gênants et quelquefois inquiétants.

Comportement destructeur

Le comportement qualifié souvent de destructeur est plus exactement une agression redirigée. En effet, le chien étant soumis à des tensions trop fortes ou devant faire face à des situations inextricables, il décharge son énergie sur tout ce qu'il peut se mettre sous la dent.

Hurlements, aboiements, gémissements (pleurs)

Les hurlements, aboiements et gémissements constituent une autre manière pour le chien d'exprimer son état émotionnel. Il tente de le communiquer pour avoir une réponse en retour, d'un autre chien surtout (pas de son maître), et en général cette réponse va rarement être rassurante, mais plutôt partagée. Cette production sonore est d'ailleurs propice à déclencher de l'inquiétude chez un autre chien très éloigné.

Malpropreté

En urinant, le chien va chercher à se rassurer (odeur connue), ce qui peut avoir l'effet inverse en parsemant le lieu d'odeurs inquiétantes (phéromones de peur). En ce qui concerne la défécation, ce sont plus les tensions physiques qui vont la favoriser (crispation intense de la paroi abdominale).

À noter : il n'y a jamais de la part du chien d'esprit de vengeance en agissant ainsi.

Automutilation

Lorsque les effets biologiques sont à leur comble (phéromones, système nerveux, dopamine, etc.), le chien peut essayer de les expulser en se mutilant (arrachage des poils, léchage intempestif, morsure des pattes ou de la queue, etc.).

Eczéma, dermite

Les effets biologiques ponctuels, tels que l'eczéma ou la dermite, peuvent très bien se transformer en effets à long terme. Un traitement médical sera toujours important pour les soulager, mais la prise en compte de la cause (solitude) sera tout aussi essentielle.

Conduites agressives

Les conduites agressives sont souvent le fait du retour des maîtres (exubérance, excitation, punition, réprimandes, etc.), mais peuvent aussi avoir une cause biologique, comme un dérèglement au niveau de la dopamine (adrénaline, noradrénaline) lié aux tensions accumulées pendant l'absence.

Troubles du sommeil

Le chien ne se sentant pas ou plus en sécurité (il ne s'agit pas d'une angoisse de séparation) va avoir des difficultés à entrer dans un sommeil profond (vigilance permanente) avec des conséquences sur son état général (santé et comportements). Le manque de sommeil réparateur peut alors entraîner une hyperactivité ou une hypersensibilité.

Hyperactivité, hypersensibilité

Le HS/HA peut regrouper à lui seul tous ces comportements sans être forcément rattaché à la solitude. Le trouble du sommeil peut, par exemple, très souvent amener cet état hyperactif (tension permanente) ou hypersensible (insécurité permanente).

État de détresse acquise

Lorsqu'un chien est soumis à un stimulus aversif ou une situation anxiogène longue et répétitive à laquelle il ne peut pas se soustraire (réponse d'échappement, soupape de sécurité), il peut développer un état de détresse acquise souvent présenté, abusivement, comme un état dépressif ou dépression. Le fait, pour un chien, de ne pas trouver comment se soustraire à une situation inextricable de son point de vue est de nature à entraîner cet état grave qui semble le couper du monde, le rendre insensible à toute sollicitation, danger ou environnement (apathie). On peut rapporter, par exemple, cette anecdote très significative :

  • Un chien restait dans un appartement quand ses maîtres travaillaient. Des travaux importants de rénovation de l'immeuble ont alors été entrepris, provoquant un boucan continu et phénoménal, ainsi qu'une très grande agitation, pendant 2 mois. De plus, ils avaient lieu uniquement en l'absence des maîtres.
  • Le chien a commencé par hurler et aboyer à longueur de journée, à détruire méthodiquement l'appartement, à s'arracher les poils des pattes, à uriner et déféquer à chaque fois, puis s'est rapidement mis à être agité, incontrôlable, en tout lieu et tout moment, nuit comprise.
  • Conscients du problème de ces travaux et sachant qu'ils étaient temporaires, ses propriétaires ont opté pour un traitement médical « calmant ».
  • Le chien a effectivement cessé ses comportements mais, après l'arrêt du traitement et des travaux, a présenté tous les symptômes de cet état de détresse acquise.

Névrose expérimentale

La névrose expériementale est un trouble du discernement très proche, lorsqu'on l'observe, de ce qui est souvent nommé HS/HA. C'est le stade ultime que le chien peut atteindre, un trouble chronique fonctionnel ne pouvant être provoqué que par l'homme (dressage, collier électrique, maltraitance physique ou psychique, etc.). On peut alors dire que lorsqu'un chien ne sait plus quoi ni comment faire, il se met à faire n'importe quoi, n'importe quand.

Bon à savoir : si les autres comportements trouvent des solutions relativement naturelles, l'état de détresse acquise et la névrose expérimentale sont quasi irréversibles, rarement sans laisser de trace.

Apprentissage de la solitude du chiot : que faire ?

Tout comportement doit être pris en compte rapidement et avec la plus grande attention. En outre, il ne doit jamais faire l'objet de supputations (angoisse, jalousie, vengeance, etc.). L'utilisation d'une webcam et d'un micro peut donner de précieuses informations sur ses causes, car il y en a toujours une : le chien ne fait jamais rien sans de bonnes raisons. Elles peuvent être facilement identifiables, visibles ou audibles ou nécessiter l'analyse d'un professionnel :

  • Un comportementaliste est particulièrement recommandé dans ce cas du fait de :
    • ses excellentes connaissances en éthologie (comportement animal, éthogramme) ;
    • son approche systémique lui permettant de replacer le ou les comportements dans le contexte spécifique à l'individu qui le produit et son environnement.
  • S'il n'y a pas de raison apparente c'est que le comportement est devenu chronique, qu'il est désormais associé à l'absence proprement dite et non plus à des causes en notre absence. Il est alors nécessaire, non pas de rééduquer ou « désensibiliser » le chien, mais de refaire un apprentissage avec lui (fiabilité, sécurité, confiance, communication).

Parfois, on peut se demander :

  • S'il faut soigner son chien : dans le cas où il existe des causes biologiques ou pathologiques, bien sûr. Mais celles-ci peuvent tout autant être la cause comme la conséquence.
  • S'il faut rééduquer son chien : les comportements qu'il produit sont naturels (phylogénétiques, programmés) et même essentiels (soupape de sécurité). Généralement la solution doit être « spécifique », adaptée aux circonstances et système de vie (actuel comme vécu, expériences).

À noter : dans le cas de notre anecdote du chien et des travaux, un comportementaliste aurait sûrement conseillé aux propriétaires, le temps des travaux, de mettre le chien en pension (professionnel, famille, amis, voisins) la journée ou même de l'emmener dans leur voiture, placer celle-ci dans un endroit calme et trouver 5 minutes toutes les 2 heures pour le sortir (sans montée en excitation toutefois).

Agir préventivement

Il existe des centaines de conseils de prévention qui ne peuvent toutefois pas être généralisés ; chaque chien, chaque famille, chaque environnement étant différent. Tout est alors une question de relation, de confiance, de sécurité et très souvent de bon sens. C'est à partir d'une rapide analyse systémique qu'il est le plus simple de mettre en place un cadre adapté et fiable.

Cas du chiot

On ne peut pas apprendre la solitude à un chiot, animal social, qui a en cela un besoin permanent de relations sociales (sécurité, apprentissage, communication). Il ne pourra même trouver le sommeil que s'il se sent en sécurité, protégé. Si l'habitude à la solitude se fait, ce sera souvent au prix d'une grande désocialisation, tant au niveau des congénères que des autres humains. Au mieux, on peut favoriser l'apprentissage de la solitude :

  • grâce à de courtes absences ;
  • en lui laissant le maximum d'espace possible (plusieurs pièces sans danger) afin qu'il puisse explorer pendant ce temps-là ;
  • en lui « fabriquant » un lieu où il sera en toute sécurité (panier, tapis, caisse, etc.) : pas de partage avec tout le monde qui est une aberration, ce sera alors son lieu, à lui de vous y accepter ou non et s'il ne le veut pas, c'est qu'il n'a pas confiance en vous ou que ce n'est pas le moment (respect, intégrité).

Également, avec un chiot, vous pouvez suivre l'astuce suivante :

  • Vous pouvez cacher quelques petites friandises (2 ou 3, parfois plus et pafois aucune ; il ne faut pas l'habituer à en trouver systématiquement) dans différents endroits accessibles et éloignés (derrière un pied de table, dans un angle de pièce, entre deux meubles, dans le coin d'une marche, etc.), en variant le plus possible les endroits à chaque absence.
  • Déposez-les lorsqu'il n'est pas dans la pièce et partez ensuite tranquillement.
  • S'il ne les a pas toutes trouvées, enlevez-les discrètement et attendez la prochaine fois.
  • Cette technique peut aider lors d'absences assez brèves (2 heures maximum) en stimulant le comportement exploratoire avec bénéfice. Il ne s'agit bien sûr pas d'une récompense pour qu'il reste seul, seulement un bénéfice agréable qu'il trouve tout seul ces friandises comme un grand (expérience positive).

Ritualisation et substitution

Plus largement, avec un chien adulte, il es possible d'adopter les 2 méthodes suivantes :

  • La ritualisation : ritualiser ne veut pas dire faire la même chose à la même heure, mais simplement codifier des situations ou relations spécifiques (jeu, promenade, repas, coucher, toilettage, etc.) :
    • La ritualisation permet d'enlever le caractère ambigu d'une situation, lui donner un sens « social », en favoriser la compréhension (voir apprentissage du chien).
    • Plus le chien saura ce qui va se passer ou non, plus il se sentira en sécurité, en confiance et accordera beaucoup moins d'importance aux signaux extérieurs.
    • La ponctualité n'est d'ailleurs pas la meilleure chose à faire sauf si vous avez vous-même, en tout temps et toutes circonstances, une vie réglée comme du papier à musique. Favorisez plutôt la relation, le rituel.
  • Les objets de substitution : afin de permettre au chien de libérer ses tensions lors de notre absence, il est intéressant de lui laisser des objets spécifiquement dédiés à cela :
    • Cela n'est toutefois pas suffisant, car il faudra également lui faire associer ses objets à leur but (agression redirigée).
    • Cependant, comme le chien a plus de comportements destructeurs en notre présence qu'en notre absence, il est relativement simple de lui en faire l'apprentissage.
Agir préventivement Thinkstock

Solitude du chiot : attitudes à bannir

Face à la difficulté de votre chien à se retrouver seul, son maître perd parfois patience et peut présenter des réactions qui sont pourtant à bannir :

  • Gronder, réprimander, punir :
    • Un chien ne peut pas associer une bêtise avec sa réprimande s'il n'est pas pris sur le fait (loi de contiguïté temporelle).
    • S'il est réprimandé ou puni lors de votre retour alors que les faits sont antérieurs, il peut, souvent, devenir inquiet de vous voir revenir.
    • En observant plusieurs chiens dans ce cas avec une webcam, des chercheurs se sont aperçu qu'ils s'agitaient dès le départ des maîtres (tensions) et commençaient à tout détruire dans les 5 minutes qui suivaient. Puis, ils attendaient au milieu des décombres et subissaient leur punition sans rien y comprendre.
  • Simuler de faux départs :
    • Le chien a besoin de fiabilité. S'il ne sait pas quand vous partez, il va être inquiet au moindre mouvement de votre part, ne pas comprendre ce qui va se passer et donc être tendu à chaque geste (hypersensibilité) que vous rentriez 5 minutes ou 4 heures plus tard.
    • Il est toujours préférable au minimum d'informer le chien de ce que l'on va faire (promenade, course, voiture, travail, etc.), mais surtout de bien lui faire distinguer ce qui le concerne (informer plutôt que donner un ordre).
    • Certains sens du chien particulièrement développés, ouïe et odorat, sont même parfaitement capable de localiser des départs factices, lorsque l'on reste à proximité. Il peut aller jusqu'à associer ces attitudes feintes à notre propre état émotionnel à cette occasion (agacement, impatience, ennui, inquiétude, etc.). Ainsi, grâce à sa mémoire associative, le chien risque de faire le lien faux départ/état émotionnel lors tout départ de votre part. Le résultat final ne sera rien d'autre qu'une inquiétude disproportionnée.
  • Jouer ou rassurer avant le départ :
    • Le jeu et l'activité physique en général, promenade comprise, provoquent une augmentation du taux d'adrénaline.
    • Or, avant votre départ, il est indispensable que ce taux baisse, que le chien retrouve un environnement calme.
    • Quant à le rassurer, c'est lui communiquer notre propre inquiétude, le chien étant très sensible à nos émotions.
  • Partir en catimini :
    • Attendre qu'un chiot soit profondément endormi pour partir sur la pointe des pieds est de nature, à son réveil, à provoquer chez lui une véritable panique.
    • Un chiot et même un adulte dorment d'autant mieux qu'ils se sentent en confiance, en sécurité. Sinon, cela risque d'entraîner d'importants troubles du sommeil et autres problèmes liés (HS/HA).

Des absences ponctuelles ou de courtes durées (2 heures maximum) ne seront jamais un drame pour le chien, mais devoir passer des journées ou demi-journées entières seul est contre nature. Penser alors que des relations riches, variées et conviviales à notre retour, le week-end, les vacances, compenseront nos longues absences peut, tout autant et bien plus sûrement, creuser un fossé de « solitude » encore plus grand entre notre présence (richesses des relations) et notre absence (pauvreté des relations, isolement). C'est donc notre relation au chien (nos attentes) qui sera déterminant pour éviter ce qui ne devrait pas se passer : son mal-être et toutes ses expressions (comportements).

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